Le mardi 24 janvier, le Camji programmait le duo Eric Bibb & Jean-Jacques Milteau sur la scène du Moulin du Roc pour un concert hommage à Lead Belly. Nous les avons rencontré.

Sound Reporters : Vous jouez en hommage à Lead Belly, que ressentez-vous en jouant ses chansons ?

Eric Bibb & Jean-Jacques Milteau : C’est une proposition qui nous a été faite par un producteur phonographique qui s’appelle Philippe Langlois, le patron du label Dixie Frog Records. Nous travaillons ensemble depuis très longtemps. Il a fait un vrai travail de producteur en nous proposant de faire cet hommage dont il avait envie.

Sound Reporters : Est-ce que ça vous arrive d’ échanger vos instruments parfois ?

Jean-Jacques Milteau : Je ne joue pas de guitare mais Eric joue de l’harmonica !

Eric Bibb : Je ne joue pas vraiment d’harmonica, je peux faire des sons mais c’est très limité !

Sound Reporters : Comment avez-vous commencé à jouer de vos instruments respectifs ?

Eric Bibb : J’avais 8 ans, je me suis mis à la musique grâce à mon père qui était chanteur. Il m’a fait découvrir la musique pop. J’ai ensuite commencé à prendre des leçons de guitare classique.

Jean-Jacques Milteau : J’ai commencé quand j’avais une quinzaine d’années à la grande époque des Rolling Stones et de Bob Dylan. L’instrument qui était le plus à ma portée à la fois financièrement et musicalement, c’était l’harmonica. Il y avait aussi une couleur un peu contre-culturelle à l’image des valeurs portées par Bob Dylan à l’époque des droits civiques, de la guerre du Vietnam. Il y avait un côté presque politique en fait…

Sound Reporters : Pourquoi le blues plutôt qu’un autre style ?

Eric Bibb : Parce que quand j’étais très jeune, j’adorais le son de cette vérité. J’aime d’autres styles de musique mais pour moi, le blues c’est vraiment l’origine de la musique. C’est un des styles qui évoque le plus de sensations. Et au début du blues, il n’y avait rien de commercial, c’était une expression pour les gens.

Jean-Jacques Milteau : Je suis un peu dans le même cas qu’Eric en fait. C’est une musique très honnête, au départ en tout cas. C’est une musique essentielle, il suffit de très peu de choses pour qu’il y ait un vrai climat qui s’installe. Une fois j’ai discuté avec quelqu’un qui a joué avec John Lee Hooker et il me disait qu’au début, quand il jouait, il entendait le dossier de sa chaise vibrer !

Sound Reporters : Y-a-t-il d’autres styles de musique que vous affectionnez ?

Jean-Jacques Milteau : Oui, de la musique classique, du jazz, un peu de tout…

Sound Reporters : Combien de temps en moyenne vous faut-il pour composer ou reprendre une chanson ?

Eric Bibb : Si on a de la chance, une demi-heure ! Mais je pense qu’une bonne chanson, quand on est très inspirés, on peut la faire en deux heures mais c’est difficile à dire, ça dépend de tellement de choses. C’est un mystère…

Sound Reporters : Comment vous sentez-vous avant de monter sur scène, pendant et après ?

Jean-Jacques Milteau : Personnellement, j’ai beaucoup de plaisir dans ces trois moments, savoir qu’on va jouer ensemble, et après en général je me félicite d’avoir jouer avec Eric !

Eric Bibb : Après le concert, je suis content et je suis aussi fatigué mais c’est une bonne fatigue ! Après on a juste envie de recommencer !

Sound Reporters : Vous reprenez des chansons déjà reprises par de grands artistes (Franck Sinatra, Bob Dylan, Nirvana…), n’avez-vous pas peur de ne pas être à la hauteur ?

Eric Bibb : Non pas du tout, je ne pense pas à ça. Quand on joue des chansons et qu’on les reprend ce n’est pas un compétition loin de là, ce n’est pas un sport. C’est unique, individuel. Je trouve ça stupide de rentrer dans ce jeu !

Jean-Jacques Milteau : Je suis complètement d’accord avec Eric, quand on joue dans une salle, avec un public, c’est dans le domaine de l’intimité, c’est comme un rapport avec une femme. C’est pour ça d’ailleurs que je n’aime pas être filmé !

Sound Reporters : Quelles sont les principales valeurs que vous voulez transmettre à partir de votre musique ? 

Jean-Jacques Milteau : Dans un premier temps, je dirais la curiosité, le fait d’avoir envie d’en savoir plus. Comprendre pourquoi Lead Belly a chanté ces chansons, ce que cela signifiait à son époque.Il a influencé plein de gens ! Je crois que la curiosité c’est primordial, même si chacun reçoit la musique comme il veut bien sûr.

Sound Reporters : Avez-vous d’autres passions ?

Jean-Jacques Milteau : J’aime beaucoup l’image, la photo, la lecture !

Eric Bibb : J’aime bien travailler le bois, je suis un peu charpentier, j’aime aussi dessiner, peindre et cuisiner.  J’aime faire de la cuisine indienne !

Sound Reporters : Avez-vous une anecdote de concert à nous raconter ?

Eric Bibb : Un jour j’ai eu la chance de jouer sur scène avec un très grand chanteur et on a pu faire un enregistrement après. Cétait une super expérience !

Sound Reporters : Une petite blague pour finir ?

Eric Bibb & Jean-Jacques Milteau : C’est un gars qui marche dans la rue et il n’a qu’une chaussure. Il y a quelqu’un qui lui lance « Eh vous avez perdu une chaussure ! » et l’autre répond : «  Non j’en ai trouvé une ! ». Et c’est ça le blues, c’est l’optimisme du blues.

http://www.deezer.com/plugins/player?format=classic&autoplay=false&playlist=true&width=700&height=350&color=007FEB&layout=dark&size=medium&type=album&id=11197574&app_id=1

Interview et photo réalisées par Enki.

Advertisements