Le 03 février dernier, nous assistions à la restitution du projet d’action culturelle autour du Festival de polars Regards Noirs. Une classe de CM1/CM2 de l’Ecole Louis Aragon et une classe de CE2 de l’Ecole Jean Jaurès ont travaillé depuis le mois de novembre à cet ambitieux projet. Première étape : ils ont été initiés à la Bande Dessinée avec l’auteur et illustratrice bordelaise Lauréline Matuissi. Ils ont réalisé les dessins de deux courtes histoires qui ont été adaptées. La classe de CE2 a travaillé sur l’histoire d’un chat suspecté par son jeune maître d’avoir commis un crime affreux (le meurtre de son canari ?). Les CM1/CM2 ont travaillé sur l’histoire inquiétante d’un petit garçon et de sa maman qui tombent en panne de voiture sur une route déserte en pleine nuit. Ils ont ensuite composé avec Marceau Boré, musicien tourangeau et plus connu pour son projet PIANO CHAT, la bande son de leurs petites histoires. En parallèle, Thierry Mathé (Ville de Niort) et Olivier Berland (Camji) ont réalisé la captation des planches BD et le montage vidéo afin d’en faire deux petits films qui ont été projeté en fond de scène. Le résultat ? Un BD Concert projeté et joué en live sur la scène du Camji par les enfants. Nous avons rencontré les principaux protagonistes du projet.  


Rencontre avec Lauréline Matuissi, auteure et dessinatrice BD : « Les histoires sont le terreau de l’enfance »

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Sound Reporters : D’après vous, les histoires et les dessins sont-ils importants pour les enfants ?

Lauréline Matuissi : Je pense que c’est un peu le terreau de l’enfance ! C’est quand on grandi qu’on finit par se désintéressé du dessin, à l’associer à l’histoire. Les histoires font complètement parties de l’enfance. C’est chouette d’avoir l’occasion de cultiver ce terreau par le biais d’interventions comme celles-ci.

Sound Reporters : Pour vous, que signifie « Regards Noirs » ?

Lauréline Matuissi : C’est la première fois que je participe à ce festival, c’est une découverte pour moi ! Je suis auteure de Bande-Dessinée et j’ai sorti dernièrement un roman graphique qui relève du polar sans en être tout à fait un. Ce roman se réapproprie tous les codes du polar. Du coup, j’ai l’occasion de faire plusieurs festivals de polar depuis quelques mois, je devrais bien m’en sortir (sourire).

Sound Reporters : Les enfants sont-ils dissipés ?

Lauréline Matuissi : Ce sont des enfants avant tout ! Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au départ, avant le résultat final que vous avez pu voir aujourd’hui à savoir une projection et de la musique jouée en live, on a d’abord réalisé une bande-dessinée. C’est un art très riche et très complexe, car il mélange à la fois une histoire, des dessins, une rythmique de narration. Il y a donc plusieurs paramètres à prendre en compte. Ce qui exige une certaine rigueur de la part de l’enfant. Les ateliers sont donc différents des temps d’enseignement purs et durs. De par la concentration que cela implique, les enfants ne sont pas vraiment dissipés durant ces temps d’ateliers.

Sound Reporters : Comment êtes-vous arrivée à trouver l’inspiration ?

Lauréline Matuissi : Ce qui s’est passé lors de ce projet n’est pas vraiment une histoire d’inspiration à proprement parler, ce sont les enfants qui ont participé au récit. On a commencé par réadapter des textes littéraires qu’ils connaissaient déjà et qu’ils avaient travailler avec leurs institutrices. Comme on avait pas le temps de créer les textes, nous avons repris ceux de Bernard Friot. Lors de mes interventions, l’enjeu avant même de dessiner était d’expliquer aux enfants la différence entre une Bande-Dessinée et un scénario de texte littéraire. Ensuite, on a conçu le scénario pendant une à deux séances. L’inspiration est donc vraiment liée au festival, et nous avons cherché des textes en rapport.

Sound Reporters : Quel est le but du projet ?

Lauréline Matuissi : Le but du projet est de réaliser une action culturelle avec des enfants pour qu’ils puissent être en interaction avec des artistes de Bande-Dessinée et de musique, ce qui n’est pas fréquent, de créer une histoire de A à Z, d’en faire la musique. Puis il y a l’objectif final, celui de rendre compte sur scène de ces ateliers devant un public.


Rencontre avec Marceau Boré, musicien (PIANO CHAT): « On a jamais autant écouté de musique que dans notre société actuelle ! »

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Sound Reporters : Pensez-vous que la musique est importante pour les enfants ?

Marceau Boré : La musique est importante pour toute le monde, enfants comme adultes, que ce soit l’écoute ou la pratique. On a jamais autant écouté de musique que dans notre société actuelle. Il y a une grande offre musicale, la radio par exemple et internet où toute la musique est accessible (depuis l’époque des premiers enregistrements). Ensuite, la pratique musicale me semble très importante. Ce sont les parents qui décident ou non d’inscrire leur enfant dans une école de musique et de leur donner l’occasion de pratiquer. C’est donc important qu’il y ait pour eux d’autres opportunités de faire de la musique (par le biais de l’école par exemple). On voit qu’ils ont envie, qu’ils tapent volontiers sur des batteries ! Je pense qu’il faudrait que les enfants fassent plus de musique ou de peinture, quelque soit la pratique artistique, c’est libérateur, ça les aide à se canaliser, à se concentrer, sur un rythme de batterie par exemple. La musique peut transformer leurs énergies un peu folles. Avec ce projet, ils ont appris à jouer ensemble même s’ils ne savent pas à proprement parler faire de la musique.

Sound Reporters : Pour vous, que signifie « Regards Noirs » ?


Marceau Boré :
 « Regards Noirs », c’est un joli titre, ça me fait penser à de la tristesse sombre à l’intérieur de soi-même. Une sorte de poésie un peu triste. Bien-sûr, il y a la référence aux polars même si je n’en lis pas beaucoup. Mais je trouve ça joli, cette idée de l’âme humaine un peu noire.

Sound Reporters : Que pouvez-vous nous dire des enfants ? Etaient-ils dissipés ? 

Marceau Boré : Dissipés, les enfants ? (rires) Oui énormément ! Mais ils étaient attentifs, à l’écoute. Nous avions très peu de temps finalement pour ce projet, peu de temps pour comprendre beaucoup de choses, sachant qu’ils n’avaient jamais fait de musique. En deux séances, ils ont du apprendre à s’écouter, choisir un rôle, jouer d’un instrument, jouer ensemble. Ils ont du apprendre à ne pas jouer également, parce que jouer tous en même temps à 25 c’était la cacophonie garantie ! Ils ont appris à faire un spectacle, à jouer synchronisés sur des images, à monter sur scène : ça fait beaucoup de choses ! Ils ont relevé le pari en très peu de temps !

Sound Reporters : Comment êtes-vous parvenu à trouver l’inspiration pour ce spectacle  ?

Marceau Boré : Je ne partais pas de rien puisqu’il y avait déjà eu tout un travail de réalisé autour du scénario et du dessin BD. Il y avait donc déjà des pistes de travail autour du polar et de l’angoisse pour la composition musicale. Mes interrogations portaient plutôt sur l’organisation pour monter un spectacle en très peu de temps. J’ai apporté des vieux synthétiseurs, des bouts de batteries, une guitare. Certains enfants ont choisi le synthétiseur pour représenter l’angoisse, on a cherché des sons angoissants, et comment en jouer. Un autre synthétiseur symbolisait l’étonnement, on retrouvait ce son sur chaque image qui comportait des éléments de surprise. La guitare représentait les bruits dérangeants, donc pas du tout mélodiques. La batterie et les percussions symbolisaient les moments rythmés. Puis on a ajouté les voix pour les personnages de leur histoire. On a choisi de travailler par l’entrée des sentiments.

Sound Reporters : Pour vous, quel serait le but de ce projet ? 

Marceau Boré : Je dirai, proposer un projet artistique complet à des enfants. Leur montrer comment on structure un scénario et comment on fait un peu de musique. De mon point de vue, il s’agissait plutôt de mettre du son sur des images et la relation entre le son et les images. C’est allé très vite, on avait pas beaucoup de temps, et il est déjà l’heure de leur dire au revoir, ce qui me rend hyper triste ! L’objectif final était qu’ils fassent ce spectacle, qu’ils en soient contents, qu’ils comprennent comment on joue ensemble, comment on fait de la musique, comment on illustre des images avec du son.

Sound Reporters : Et pour finir, quel est le son qui illumine votre journée ?

Marceau Boré : Le son de la guitare, l’idée que les enfants fassent n’importe quoi à la guitare, fassent du bruit devant un spectacle. Je ne sais pas si ça illumine ma journée mais ça me fait bien rigoler !


Rencontre avec les stars du jours, 5 enfants parmi les 50 petits participants au projet.    

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Sound Reporters : 
Est-ce que vous avez aimé participer à ce projet ?

Les enfants [en choeur] : Ouiiiiiiiii !

Sound Reporters : Est-ce que ça vous a donné envie de jouer de la musique ?

Les enfants [en choeur] : Ah oui oui !  Ca nous a donné envie d’en faire !

Sound reporters : Pour quelle raison ? 

Enfant 1 : Moi j’aime bien que tout le monde m’entende dans le micro et tout et tout. Et j’aime chanter !
Enfant 2 : C’est amusant aussi, j’adore chanter !
Enfant 3 : Et c’est bien de toucher les partitions. De faire de la guitare.
Enfant 4 : Danser sur une musique c’est trop bien ! J’adore chanter et danser !

Enfant 5 : Moi j’aime bien les cloches (petites percussions) et chanter aussi !

Sound Reporters : Quel son illumine votre journée ?

Enfant 1 & 2 : La batterie.
Enfant 3, 4 & 5 : La guitare.

Interviews réalisées par Julie & Nathan
Photo : Margaux

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