Les Sound Reporters ont eu l’opportunité de découvrir le Chantier des Francos le 17 mai dernier afin d’interviewer artistes, techniciens, organisateurs… Christophe Mali, chanteur du groupe Tryo, n’est pas que musicien. Pour cet événement il se transforme en coach scénique pour les artistes. Nous le rencontrons pour en savoir davantage sur cette autre pratique.

Sound Reporters : Comment vous est venue cette passion pour le théâtre ?

Christophe Mali : Pour être franc, je ne sais pas, parce que je fais du théâtre depuis que je suis tout petit, depuis que j’ai 6 ans ! Dès l’âge de 8/9 ans, j’étais passionné, je voulais devenir comédien. Pourquoi ? Je ne sais pas ! Mes parents ne sont pas du tout dans le milieu artistique ! Je pense qu’ils m’ont emmené au théâtre quand j’étais petit, voir pleins de spectacles. C’est un truc qui m’est tombé dessus comme ça, même mes parents se sont demandés pourquoi ! (rires).

Sound Reporters : Comment définiriez-vous un coach scénique ?

Christophe Mali : Cela veut dire beaucoup de choses selon moi ! Quand tu es artiste, tu cumules des périodes de tournées, qui te permettent de roder ton spectacle, ton personnage sur scène, ton énergie. Puis tu pousses des portes qui t’étaient fermées jusque là, tu découvres de nouvelles choses. La mission du coach c’est donc de faire gagner du temps à l’artiste, lui ouvrir des portes avant même que l’artiste sache que ces portes existent ! A cela s’ajoute le regard extérieur, à la fois du spectateur mais aussi du professionnel, un troisième œil en quelque sorte. On essaye de poser des mots sur ce que les artistes ressentent. Au moment du debrief notamment, on met des mots sur des émotions, un malaise qu’il y a pu avoir sur scène, on leur donne des pistes de travail, l’objectif étant de les faire avancer. Et leur donner confiance, assumer d’être sur scène. 

Sound Reporters : Comment se passe votre rôle de coach scénique depuis 2007 et comment êtes-vous arrivé aux Chantier des Francos ?  

Christophe Mali : Je n’ai pas réellement choisi ce métier, on est venu me chercher ! Je viens de la musique, du théâtre, j’ai fait beaucoup de mise en scène. Un jour Gérard Pont, le directeur actuel des Francofolies, quand il a pris sont poste avait envie de former une nouvelle équipe d’intervenants scéniques. C’est comme ça que j’ai été contacté, sans trop savoir ce que c’était à l’époque. J’ai commencé par venir observer des sessions au Chantier. J’ai trouvé ça génial, je me suis senti capable de le faire et je me suis formé en allant voir les autres coachs. Puis j’ai développé ma méthode, ma manière de faire, et ça se passe très bien ! Il y a de plus en plus d’intervenants sur Le Chantier, notamment en expression corporelle, moi j’apprends autant qu’eux, je me nourris de ces interventions pour travailler la technique. Ça me permet aussi de découvrir pleins d’artistes.

Sound Reporters : Quelles sont vos meilleurs et pires souvenirs au Chantier des Francos ?

Christophe Mali : Le pire est en fait le meilleur ! Tu vois parfois arriver des artistes pas motivés, qui ont postulé aux Francos et à qui la chance a sourit soudainement, parce qu’un de leur titre passe à la radio et que ça commence à marcher pour eux. Ils peuvent avoir un certain discours : « J’ai galéré pendant dix ans, aujourd’hui je vends des albums, pourquoi est-ce que je devrais travailler et tout remettre en cause maintenant ? ». Ça arrive rarement et c’est le pire des souvenirs. mais on est là pour eux, et c’est justement quand ça marche qu’il faut travailler, redoubler d’efforts, se poser les bonnes questions. Le meilleur c’est contraire quand des artistes qui ont fait quelques tournées arrivent, qu’ils sont curieux de tout, qu’ils ont soif d’apprendre, de découvrir, d’essayer des choses… Le Chantier des Francos, c’est un immense laboratoire, on leur offre pleins de possibilités qu’ils peuvent choisir de tester, ou non. 

Sound Reporters : Comment faites-vous pour travailler avec autant de styles musicaux différents ? 

Christophe Mali : Ça ne me pose pas de problèmes. On donne notre avis au départ, notamment sur les groupes avec qui on aimerait travailler. Mais on ne me demande pas d’aimer ce qu’ils font. Il faut voir où ils en sont à l’instant T et essayer de leur apporter quelque chose. Bien sûr, il y a de vrais coups de cœur humains pour certains, des artistes que j’adore, avec lesquels il y a une relation amicale. C’est intéressant de travailler dans les deux cas, avec cette différence. 

Sound Reporters : Pour vous cette année, y a t-il un artiste qui se démarque plus que les autres ?

Christophe Mali : C’est une question piège ça, (rires) ! Il y a des artistes vers lesquels je suis davantage attiré, qui se démarquent, qui répondent à mes goûts musicaux. Mais ils ont tous leur truc à eux. Fiona Walden par exemple, est peut-être plus « jeune » artistiquement que d’autres mais elle dégage sur scène un truc vraiment très très fort, elle a une présence scénique incroyable, un truc très rare. Elle va bouffer de la scène pendant des années, c’est sûr ! 

Sound Reporters : Est-ce que certains projets avec des artistes ont été plus difficiles que d’autres et pourquoi ?

Christophe Mali : Quand c’est difficile, c’est quand l’artiste n’est pas motivé. Ou alors c’est quand tu débordes de ton rôle de coach et que tu penses aux décors, etc. Car le temps imparti est très court pour faire de la construction scénique poussée. 

Sound Reporters : Quelles sont les personnes qui vous influencent et que vous apportent-elles ?

Christophe Mali : Il n’y a pas vraiment de personnes en particulier, je me laisse influencer justement par Le Chantier, par tous ces jeunes artistes, cela permet d’avoir de la nouveauté, de la fraîcheur.

Sound Reporters : Quelle est la chanson de Tryo qui vous représente le plus ?

Christophe Mali : Une chanson d’amour, « Serre moi », pour le côté reggae et intime à la fois. 

Sound Reporters : Quel son fait briller vos yeux ?

Christophe Mali : Toutes les chansons d’Alain Souchon ! 

Interview réalisée par Tom, Charlotte et Julie.
Photo : Margaux.

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