Le chantier des Francofolies, « accélérateur de talents », apporte soutien et conseils aux jeunes artistes sur plusieurs temps de résidence. Comment se passent ces rencontres, ces temps d’échanges ? Nathalie Dufrêne, chargée de production de ce dispositif, rencontre les Sound Reporters…

Sound Reporters : Actuellement, y a t-il plus d’artistes candidats au Chantier qu’auparavant ?

Nathalie Dufrêne : Le Chantier aura 20 ans l’année prochaine, les premières sessions ont commencé en 1998. Il a été crée en 1985 par Jean-Louis Foulquier qui est le papa des Francofolies. On reçoit à l’année 300 à 350 candidatures et on accueille sur une saison environ 12 artistes. Chaque candidature que l’on reçoit est écoutée, étudiée. Quand ça nous plait ou que l’on ressent un potentiel on va voir l’artiste sur scène. Ensuite on fait une sorte de « shortlist » jusqu’à la sélection finale. Je suis là depuis le début et je n’ai pas l’impression qu’il y ait plus de candidatures aujourd’hui. On en a toujours eu entre 200 et 300. Après cela dépend de la façon dont on communique : si on demande davantage de candidatures, on en reçoit plus. Mais si on est un peu plus discrets parce qu’on en a beaucoup, on en reçoit un peu moins.

Sound Reporters : Vous considérez-vous un peu comme une directrice d’école ?

Nathalie Dufrêne : Non pas du tout (rires) ! Le Chantier des Francos est un dispositif d’accompagnement pour des jeunes artistes en voie de professionnalisation, des artistes en début de carrière. On met des outils à leur disposition: du travail scénique et vocal, du coaching personnel… Tout ce qui peut être bénéfique pour que leur projet avance plus vite, avec des pistes, des tuyaux. Mais on est pas du tout une école et je n’en suis pas  la directrice (rires).

Sound Reporters : Quel style de musique revient le plus souvent ?

Nathalie Dufrêne : Alors il y a des courants musicaux en fonction des périodes, dans les années 2000-2010, il y avait beaucoup de chanson française plutôt festive comme La Rue Kétanou ou Tryo.  Après on a eu un courant plutôt chansons à texte. Et puis là je dirais qu’on est plus dans un courant pop, électro-pop, avec des paroles en anglais, et un retour du hip-hop aussi. Pour le hip-hop c’est flagrant parce qu’il y a dix ans par exemple, les rappeurs ne voulaient pas travailler la scène ou prendre des cours de chant. Aujourd’hui c’est différent, il y a eu Georgio l’année dernière, Nusky et Vaati cette année…

Sound Reporters : Est-ce difficile de faire une sélection d’artistes ?

Nathalie Dufrêne : Oui, très. On organise un comité de sélection composé de quatre personnes qui font partie du milieu musical, ils font remonter des choses qu’ils ont vues sur le terrain, en concert. On fait une liste un peu globale et après on en discute. Pour participer au Chantier des Francos, il faut avoir une expérience scénique. Avoir déjà fait de la scène est important pour tout le travail d’interprétation, et c’est difficile car on a des projets qu’on aime bien, qui nous tiennent à cœur, mais pour lesquels ce n’est pas le moment.

Sound Reporters : Avez-vous un style de musique préféré ? Si oui cela n’influe-t-il pas votre choix ?

Nathalie Dufrêne : J’ai un style de musique préféré bien sûr mais, comme lorsque l’on fait la programmation des Francos ou d’un festival, on met de côté ses goûts personnels, car on n’est pas là pour se faire plaisir, on est là pour faire plaisir au public. On choisit donc pour le public.

Sound Reporters : Quel futur pour les Francos ?

Nathalie Dufrêne : C’est une question difficile parce qu’il faut que les concerts plaisent,  qu’il y ait du public… Mais j’espère que ça durera encore très longtemps.

Sound Reporters : Quelle émotion ressentez-vous lorsque votre favori de la saison passe sur scène ?

Nathalie Dufrêne : Ça fait plaisir, surtout si c’est un bon concert, que l’artiste était bien sur scène et que le public a bien réagi, c’est chouette.

Sound Reporters : Quelle était la pire année scolaire du chantier ?

Nathalie Dufrêne : (Rires) Je n’ai pas de souvenir d’une mauvaise année en particulier. Il y a des groupes qui viennent au chantier avec lesquels on a plus d’affinités que d’autres, avec lesquels on reste en contact, d’autres qui n’existent plus… En tout cas à chaque fois qu’ils sont là, c’est toujours pour une expérience riche. Parce qu’ils sont immergés pendant une semaine dans leur projet, dans la musique, ils habitent ensemble avec les musiciens, en côtoient d’autres… On ne parle que de ce qui leur tient le plus à cœur donc quand ils sont là ils sont ravis et prennent tout ce qu’ils ont à prendre. Mais je n’ai pas le souvenir d’une mauvaise expérience.

Sound Reporters : Une année vous a t-elle marquée plus particulièrement ?

Nathalie Dufrêne : Ce sont surtout des groupes qui m’ont marquée, que l’on continue à suivre.

Sound Reporters : Quel métier rêviez-vous de faire quand vous étiez petite ?

Nathalie Dufrêne : J’essaye de me rappeler… J’ai eu plusieurs périodes. J’ai voulu être institutrice parce que ma mère était prof. Après j’ai voulu tenir un club de vacances quand j’avais 16-17 ans, mais je n’avais pas vraiment la vocation. Je suis arrivée au Chantier vraiment par hasard!

Sound Reporters : Quel son, bruit ou musique illumine votre journée ?

Nathalie Dufrêne : Comme on est au bord de l’eau, je dirais le bruit des vagues.

Interview réalisée par Nathan et Cindy. Photo : Enki.

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